Barr al Aman

Les Tunisien.ne.s et leurs médias: “je t’aime, moi non plus !”

Les Tunisien.ne.s et la politique

Et le vote dans tout ça ?

Participation à la vie politique

Les élections législatives de 2019

Le crédit des médias en période électorale

Elections et diversité médiatique

  1. Les bonnes performances des médias traditionnels
  2. Les médias traditionnels et la convergence médiatique
  3. Des disparités générationnelles consacrées par Facebook

Quel crédit les Tunisien.ne.s accordent-ils/elles à leurs médias ? Voilà une question à laquelle les résultats d’audimétrie ne donnent aucune réponse. Regarder telle chaîne TV, écouter telle station radio, « aimer » telle page Facebook, cela revient-il à endosser leur ligne éditoriale ? Pour autant, si la présence de médias professionnels de qualité est essentielle à la démocratie, la confiance que les citoyen.ne.s leur accordent est non moins importante.

Suite à un premier sondage, Barr al Aman en partenariat avec CFI en a réalisé un second en 2020, peu avant la crise sanitaire que nous traversons. Au milieu du flot d’informations toutes plus déprimantes les unes que les autres, on en a une bonne pour vous : ça va mieux ! Les relations que nos concitoyens entretiennent avec leurs médias s’améliorent (légèrement).

Non qu’entre eux ce soit le grand amour… loin s’en faut. Mais en matière de médias comme de sentiments, le « Grand Amour » existe-t-il seulement ? En 2018, ils étaient 35 % à ne pas du tout leur faire confiance, et 38 % à leur faire un peu confiance. En 2020, ils ne sont plus que 24,7 % à leur être totalement défiants, et 38,6 % à leur accorder un minimum de confiance. En deux ans, on constate donc un recul de la défiance vis-à-vis des médias (Pas du tout : -10,3 %), pour une confiance relative (un peu : +6,6 %).

En période électorale (présidentielle et électorale), la chaîne publique dispose d’un fort capital confiance parmi les Tunisien.ne.s : 57,4 % la recommandent pour s’informer, loin devant Elhiwar Eltounsi (18,5 %) et Nessma (16,6 % pour la présidentielle et 17,7 % pour les législatives). En matière d’information radiophonique en période électorale, en revanche, le pôle public (15,5 %) est devancé par Mosaïque FM (47,4 %), mais se positionne devant Jawahara FM (6,6 %) et IFM (6,5 % ; IFM dont on constate le bon en avant par rapport à 2018 où seuls 3 % des répondant.e.s la recommandaient). Ces chiffres doivent cependant être ramenés à leur juste proportion tant il est vrai que les habitudes médiatiques des enquêté.e.s n’associent pas le média radiophonique à l’information : 43,1 % d’entre eux et elles ne s’informent pas par la radio, et 62,6 % l’écoutent moins d’une heure par jour.

La TV se taille la part du lion dans la jungle médiatique et reste le « média-roi » : 35,4 % du panel interrogé regardent la TV entre 2 et 3 heures par jour et 79 % l’utilisent pour s’informer. Même hors élections, la chaîne publique dispose d’un plus grand crédit que les autres opérateurs du paysage audiovisuel tunisien : al-Watanya arrive en tête des réponses pour l’information générale (39,4 %, soit 8,4 % de plus qu’en 2018) et ce crédit est équitablement réparti entre les catégories socioprofessionnelles. Le score de la première chaîne publique est 3 fois supérieur à celui de son dauphin, Elhiwar Eltounsi (10,8 % ; +2,8 % par rapport à 2018), et au score de Nessma (10,1 %) accusant une dégringolade de -11,9 % que l’on peine à ne pas attribuer aux appétits politiques de son propriétaire et à ses accents populistes.

Au (subtil) regain de confiance des Tunisien.ne.s dans leurs médias, on opposera la perte de crédit dont les médias étrangers font les frais. 52 % des répondant.e.s déclarent ne faire aucunement confiance à ceux-ci, soit 14 % de plus qu’en 2018. Le leader France 24 perd lui-même 6,9 % en deux ans, tout en maintenant sa position de leader étranger parmi les individus aux meilleurs revenus (27,2 % – AB) que ceux avec les revenus les plus faibles (18,3 % – DE). Avec 5,6 %, la chaîne saoudienne al-Arabiyya perd 3,4 % ? Effet MBS ? Dommage collatéral de la scabreuse affaire Khachoggi ? Sûrement un peu des deux.

Les Tunisien.ne.s et la politique

Le sondage aborde également le rapport que des citoyennes et citoyens tunisien.ne.s entretiennent avec la politique. Commençons par les bonnes nouvelles et conservons notre esprit optimiste : si l’on compare les derniers résultats obtenus avec ceux de 2018, on observe un léger (quoique fragile) regain d’intérêt pour la politique. Si en 2018, 44% des sondé.e.s se déclaraient complètement désintéressé.e.s de la politique, ils ne sont plus que 31,2% en 2020.

Cet écart de 12,7% peut s’expliquer par un effet du contexte de l’administration du questionnaire de ce sondage; soit en mars 2020, quelques mois après une séquence de grande confusion politique dont la forclusion semble aujourd’hui hâtée par la pandémie du COVID-19 et la crise protéiforme (sanitaire, sociale, économique, politique, humaine) qu’elle traîne dans son sillage. Cette séquence a été inaugurée par le décès du Président Béji Caïd-Essebsi le jour de la fête de la République, le 25 juillet 2019. Le soudain unanimisme autour de feu le Président « Bajbouj » a tiré les Tunisien.ne.s de la torpeur estivale. En l’absence de Conseil constitutionnel, et en présence de deux candidats sous le coup de la justice, les estivant.e.s étaient promis.es à une période préélectorale rocambolesque tranchant radicalement avec l’actualité habituellement peuplée de “marronniers” de la fin d’été.

La rentrée a coïncidé avec le lancement officiel d’une campagne pour la présidentielle largement entamée en amont, notamment sur les plateaux des talk-shows politiques des TV privées (Meriem Belkadi, Sami Fehri, etc.) dont les producteurs étaient eux aussi en (pré)campagne. À la lumière du sondage, on découvre ou on quantifie ce que l’intuition nous conduisait à penser pendant cette rentrée électorale : les Tunisien.ne.s ont largement suivi la campagne. Seulement 8,8% d’entre eux (7,9%) et elles (9.9%) déclarent ne pas l’avoir suivie et, conséquemment, 91,8% d’entre eux (92,1%) et elles (90,1%) l’ont effectivement suivie.

Le sondage laisse toutefois un angle mort : celui de savoir comment a été suivie la campagne. On ne pense pas trop s’avancer en émettant l’hypothèse selon laquelle ils/elles l’ont suivie sur le mode du feuilleton, voire du burlesque – deux genres dont les deux campagnes avaient tous les ingrédients. Burlesque, comme l’illustre pléthore d’échanges sur les réseaux socionumériques, à la fois champ de bataille politique[1], mais aussi lieux privilégiés de la dérision « en mode LOL »[2] ou en mode tanbîr. Sur le ton du feuilleton, dans la mesure où chaque jour apportait son lot de petites phrases, de coups de théâtre, de retournements ou de traitrises, entre acteurs nouveaux et d’autres que l’on a vus évoluer au fil des saisons/législations précédentes. Et en guise de récompense pour les sériphiles de la cuvée présidentielle 2019 : la tenue d’un débat pluraliste en direct sur un grand nombre de chaînes tunisiennes et internationales.

Au total, les deux scrutins et les interminables tractations qui s’en sont suivies y sont certainement pour beaucoup pour le timide intérêt retrouvé des Tunisien.ne.s interrogé.e.s pour la politique.

Mais de quelle « politique » parle-t-on exactement ? De la politique « politicienne » (la vie partisane et ses protagonistes), ou de la politique institutionnelle ? Que ce soit à un moment charnière censé renouveler le personnel politique aux commandes, ou après, difficile de démêler l’écheveau de cette question à travers un simple sondage.

On note toutefois un décalage entre, d’une part, le relatif (dés)intérêt des personnes sondées pour la politique et, de l’autre, leur rejet massif du personnel politique ou des options politiques présentes dans l’offre partisane nationale. Si on exclut les 31,3% se déclarant « pas du tout » intéressé.e.s par la politique, on peut affirmer que, à l’inverse, quasiment les 3/4 d’entre eux/elles ont un intérêt quelconque (plus ou moins grand) pour la politique (69,7% ; soit 71.6% chez les hommes ; 65,6% chez les femmes). Or, c’est dans ce même ordre de grandeur que les personnes sondées marquent leur rejet des structures partisanes nationales. À la question « De quel parti politique vous sentez-vous le plus proche ou le moins éloigné ? », ils/elles sont 69,4% à répondre « aucun parti » (67,2% chez les hommes et 71,9% parmi les femmes) . Peut-être cette proportion peut-elle être nuancée par le biais d’enquête qui consiste pour un.e répondant.e à falsifier ses préférences, qu’il ou elle peut juger plus ou moins avouables ? Toujours est-il que la tendance à l’apolitisme est suffisamment massive pour ne pas compromettre notre lecture de ce résultat.

On observe également que cette tendance est proportionnelle aux revenus : les individus les moins favorisés se déclarent en plus grand nombre sans affiliation partisane ou sans sensibilité de parti (74,5% dans la catégorie DE), suivis des revenus intermédiaires (67,5% – catégorie C), puis des revenus les plus élevés (66,9% – catégorie AB). L’âge impacte également ce rejet des structures partisanes et l’on pourra légitimement s’inquiéter des chiffres constatés chez les plus jeunes : les pics de rejet des partis politiques s’observent parmi les moins de 20 ans (75.5%) et dans la cohorte des 20-29 ans (77,7%). On passe tout juste la barre des 70% parmi les 30-39 ans (69,7%) et les 40-49 ans (67,5%), pour s’établir à 64,2% chez les 50-59 ans.

Sans grande surprise pour les observateurs de la scène politique tunisienne, les partis politiques ne trouvent donc pas grâce auprès des répondant.e.s. Ou, pour le dire autrement, les individus sondés ne parviennent pas à identifier de formation politique en phase avec leurs convictions ou aspirations dans l’offre partisane existante. Pourquoi en est-il ainsi ? Serait-ce en raison de l’explosion du nombre de structures partisanes depuis 2011 ? À cause des multiples recompositions partisanes au cours des deux dernières législatures ? Du fait du nomadisme partisan des parlementaires qui passent d’une écurie à l’autre et les citoyen.ne.s d’une incurie à l’autre ? À moins qu’il ne faille invoquer les récentes tractations politiciennes en vue de former un gouvernement, lesquelles laissent les traces d’un sentiment difficilement quantifiable : celui du goût amer d’avoir été dépossédé de son vote ?

Et le vote dans tout ça ?

Quelle que soit la réponse, le sondage traduit une méfiance patente des Tunisien.ne.s vis-à-vis de leurs partis politiques. Nul doute que l’on voit ici comment les performances passées du personnel politique a fait son œuvre chez les électeurs et les électrices et qui trouvent dans ce sondage l’occasion d’exprimer leur condamnation. Et si l’on suit ce fil explicatif, il semble bien que les femmes sont moins « dupes » que les hommes. Elles sont en effet plus promptes à marquer leur désintérêt pour la politique (34,4%), et sont moins nombreuses que les hommes à s’y investir : 3% des femmes se disent « très intéressées » par la politique, contre 7,7% des hommes.

Observe-t-on une différence avec 2018 ? Si l’année des dernières élections municipales, 46% des femmes interrogées n’étaient « pas du tout » intéressées par la politique, elles ne sont plus que 34,4% en 2020. Par voie de correspondance – et en ayant en tête les éléments de contexte soulignés plus haut – elles sont plus nombreuses à se déclarer « un peu intéressées »  en 2020 (51,2%) qu’en 2018 (37%).

Pour les répondant.e.s de 2020 s’estimant plus ou moins proches d’une structure partisane (30,6%), les résultats se répartissent de façon congruente avec les résultats des législatives de 2019. Ainsi, le mouvement Ennahdha arrive-t-il en tête avec 7,10% des réponses, avec un plus grand succès parmi les hommes (8,70%) que chez les femmes (5,30%). Contrairement à une idée reçue, les individus aux revenus supérieurs sont plus nombreux dans les rangs des sympathisants déclarés d’Ennahdha (parmi les répondant.e.s), soit 11% des CSP+ (AB), 7,9% parmi les revenus intermédiaires (C), et seulement 4,3% parmi les salaires inférieurs (DE). On peut y lire une sensibilité au volet libéral (économiquement) de cette formation ou bien y voir le fonctionnement d’un balancier dont le pivot serait le conservatisme oscillant entre une acception laïque ou religieuse du contenu de ce conservatisme.

Il est intéressant de souligner que le différentiel basé sur le genre relevé à propos d’Ennahdha s’inverse dans le cas de Qalb Tounès, deuxième formation dans les réponses, avec 5,10% de réponses favorables, dont 6,10% parmi les femmes et 4,10% chez les hommes. De la même manière, à l’inverse de ce qui a été mentionné au sujet d’Ennahdha, les classes les moins favorisées sont les plus nombreuses à se déclarer sensibles au parti de Nabil Karoui dont on connaît le populisme assumé (8,3% pour les DE ; 3,9% pour les C ; et 2,4% chez les AB).

Le Parti destourien libre de l’avocate et actuelle députée anti-islamiste Abir Moussi arrive 3ème avec 4,70%. Il est plus populaire parmi les classes aisées et intermédiaires (5,4% AB ; 5,7% C) que chez les moins bien lotis (2,3%). Enfin, on relèvera la faible performance du sortant Nidaa Tounès qui n’aura pas survécu à son instigateur, ni aux turpitudes qui ont marqué les derniers mois de ce « mouvement » qui n’est aujourd’hui plus que l’ombre de lui-même… à peine un geste. On notera enfin que le faible score obtenu par Kaïs Saïd s’explique par la formulation de la question (“de quel parti êtes-vous le plus proche ?”) ou, plus exactement, par son originalité dans le champ politique dès lors que celui-ci n’est à la tête d’aucune formation partisane.

Participation à la vie politique

Si l’on excepte le vote (78,1%), l’inaction est – si l’on peut dire – la principale forme de participation politique : 18,4% des répondant.e.s (17,6% des hommes et 19,3% des femmes) affirment n’avoir eu d’action qu’ils/elles qualifient ou s’autoriseraient à qualifier de politique. Ceci s’inscrit dans une relative congruence avec la défiance relevée plus haut des Tunisien.ne.s pour les formes les plus institutionnalisées du politique.

Il faut toutefois prendre en compte la polysémie du mot « politique » dans l’interprétation de ces résultats (cf. supra), ainsi que la question de la « légitimité politique », entendue ici comme la légitimité à parler de politique, à agir politiquement, ou à « faire de la politique ». Tout le monde ne partage pas la même définition. À titre d’exemple, l’adhésion à un groupe d’Ultras du club de football du Taraji (L’Espérance de Tunis) ne semble pas d’emblée relever du politique, ni même être vécue comme telle par ses membres, mais plus sous ses aspects sportifs ou proprement « footballistiques ». De ce point de vue, un.e répondant.e qui serait par ailleurs membre de l’un de ces groupes n’inclurait pas nécessairement cet aspect de sa vie sociale dans ses réponses à la question de ses actions « politiques ». Pourtant, au moins depuis les révoltes de 2011, nombre de travaux de recherche sur ces groupes de sociabilité au Maghreb et au Machrek (et au-delà) s’accorde sur le sens très politique de ces groupes de sociabilité au sein d’un de ces rares espaces institutionnalisés de la politique contestataire sous régime autoritaire.

Cette précision faite, il est frappant de constater à l’appui de données chiffrées que l’écart entre les revenus semble conditionner l’initiative politique. On observe ainsi qu’un quart (25,7%) des foyers les plus pauvres dans notre sondage (catégorie DE) déclare n’avoir rien entrepris de politique ou qu’ils s’autoriseraient à qualifier de tel. Ils sont en revanche moitié moins (12,7%) dans la catégorie des meilleurs revenus (AB). Ceci semble corroborer la question de la « légitimité politique » telle que définie plus haut.

Peut-être convient-il de lire sous ce jour  la distribution des résultats en fonction de l’âge des répondant.e.s ? Comme pour le rejet des partis politiques (cf. supra), ce sont en effet dans les cohortes les plus jeunes que l’on retrouve ceux qui s’investissent le moins en politique, ou qui s’autorisent le moins à qualifier certaines de leurs actions de “politique” : 36% des moins de 20 ans, 23,9% des 20-29 ans et 22% des 30-39 ans ; contre 16,4% des 40-49 ans, 10,8% des 50-59 ans et 10,2% des plus de 60 ans.

En résumé, le vote (78,1%), la participation à une manifestation (15,5%) et à une grève (13,3%) sont les formes de participation politique les plus répandues parmi nos répondant.e.s.

Mais, à nouveau, on retrouve des disparités de genre, de classe et d’âge. On relève ainsi un écart de 10 à 11% entre les classes défavorisées déclarant voter (70,7% – DE) et celles des classes moyennes (80,9% – C) et supérieures (81,2% – AB). Les moins de 20 ans sont les moins nombreux à déclarer voter (45,5%), ce qui peut s’expliquer autant par la désaffection des partis politiques que par des problèmes liés à l’inscription sur les listes électorales. Au-delà, plus on est vieux, plus on vote : 70,7% des 20-29 ans et 74,7% des 30-39 ans déclarent l’avoir fait. Ceux qui « balancent entre deux âges » – les quadragénaires – se démarquent de leurs benjamins par un écart de contingent de 8 à 12% : 82,2% des 40-49 ans déclarent ainsi voter. Mais ils sont encore moins nombreux que leurs aînés : 87,3% des 50-59 ans et 88,7% des plus de 60 ans déclarent pour leur part voter.

Si les hommes (78,3%) et les femmes (77,8%) affirment prendre part au vote dans des proportions comparables, les femmes sont en revanche moins nombreuses à déclarer avoir déjà pris part à une manifestation (11,2%) que les hommes (19,4%). Ceci peut s’expliquer par la domination qu’exercent les hommes dans un espace public. Les femmes sont également moins nombreuses à s’être jointes à une grève (9,7%) que les hommes (16,6%), vraisemblablement en raison de la précarité du travail féminin.

La manifestation comme la grève semblent être des privilèges de classe à imputer à la précarité de l’emploi chez les revenus les moins élevés. Seulement 10,9% des moins bien lotis (DE) déclarent avoir participé à une manifestation, 17,2% pour les revenus intermédiaires (C), et 18,7% des plus hauts revenus (AB). À l’identique, ils ne sont que 9% des revenus inférieurs (DE) a déclaré avoir participé à une grève, 14,6% des revenus intermédiaires (C) et 18,9% des revenus supérieurs (AB).

On observe moins de disparités générationnelles parmi les déclarés manifestants. 15,50% des répondants déclarent ainsi avoir manifesté ; les 50-59 ans (qui avaient 9 ans de moins en 2011) sont les plus nombreux (18,4%), cependant que les plus de 60 ans (11,1%) et les 20-29 ans (11,3%) sont les moins nombreux.

S’agissant de « l’histoire électorale » de notre échantillon, il convient de prendre les résultats obtenus avec beaucoup de précaution et de ne pas s’entêter à chercher de relation homothétique entre ces données chiffrées et la réalité. Si l’on compare ceux-ci avec les taux officiels de participation selon l’ISIE pour les scrutins de 2019, 2018, 2014 et 2011, on obtient des résultats très contrastés : ils sont maximisés pour les scrutins les plus récents, et minimisés pour les plus anciens. Les répondants semblent ainsi minorer ou au contraire valoriser leur participation en fonction de leur (dés)approbation individuelle des élites sortantes (ou entrantes) auxquelles on chercherait à (ne pas) associer sa voix.

Ainsi observe-t-on une plus grande participation de notre échantillon à la présidentielle de 2019 (87,9%) par rapport au taux officiel de participation du 1er (48,9%) et du 2ème tours (56,8%). Doit-on y voir une manifestation de ce que l’on appelle un « effet Kaïs Saïd » apparu au lendemain de sa victoire ? S’agit-il de cette éphémère, mais remarquable, forme électorale de la baraka se traduisant dans les faits par des mobilisations citoyennes en vue d’améliorer le quotidien ? Peut-être, bien qu’on observe une même maximisation de la participation (quoiqu’en des proportions inférieures) pour les législatives de 2019 auxquelles nos répondants semblent avoir plus participé (67,7%) que la moyenne nationale selon les résultats officiels de l’ISIE (41,7%).

En revanche, ils ne sont que 48,1% à déclarer avoir participé aux législatives de 2014, soit bien en-deçà du taux officiel de participation (68,36%). Idem pour la présidentielle de 2014 où 53% des répondants auraient participé, soit sensiblement moins que le taux officiel de participation des 1er (62,9%) et 2ème tours (60%). Il en va de même pour la Constituante de 2011 (51,97% officiels contre 40,30% pour notre échantillon). Seules les réponses fournies pour les municipales de 2018 s’établissent selon des proportions comparables avec le taux officiel de participation qui est de 35,65% selon l’ISIE, et de 36,8% pour notre échantillon.

Plusieurs autres éléments corroborent un effet « sanction » dans les déclarations ou à défaut, une grande prudence de notre part dans l’interprétation des résultats obtenus s’agissant de la participation. Au titre de l’effet « sanction », seul un quart des répondants (24,7%) déclare avoir pris part aux élections de l’ancien régime (avant 2011). Dans ce chiffre, il faut certainement retrancher la proportion des moins de 20 ans déclarant avoir voter avant 2011 (8,6%), alors qu’ils n’avaient pas encore atteint l’âge légal pour le faire, ainsi qu’une partie substantielle des 12,2% des 20-29 ans qui leur emboîtent le pas (sauf à considérer que seules les personnes de cette cohorte ayant 29 ans en 2020 – 18 ans en 2009 – ont participé dès leur majorité aux dernières présidentielle et législatives de l’ancien régime).

À noter pour la cohorte des moins de 20 ans que 100% d’entre eux/elles déclarent avoir voté pour la présidentielle de 2019. À nouveau, « effet Kaïs Saïd » ? Ou faut-il y voir chez les électeurs.trices un attachement nostalgique au présidentialisme peu compatible avec le parlementarisme introduit dès 2011 et consacré par la Constitution de 2014 ? Difficile de trancher pour expliquer le seul résultat fiable pour cette question : la plus grande participation déclarée à la présidentielle comparativement à n’importe quel autre type de rendez-vous électoraux.

Les élections législatives de 2019

La lecture des résultats obtenus par sondage quant au vote lors des législatives de 2019 doit intégrer une donnée massive : celle du refus de répondre de 31,1% des répondant.e.s. On retrouve ici la question du caractère avouable ou non de certaines options partisanes en situation de sondage. Si cela fausse quelque peu les proportions des réponses effectivement données (et leur interprétation), on peut y voir positivement l’affermissement parmi les électeurs d’une culture civique du vote faisant grand cas du secret du scrutin. Et si l’on suit cette interprétation, il semblerait que les femmes (35,1%) sont plus attachées au secret du vote que les hommes (27,7%). Les proportions entre les revenus sont à peu près comparables : 34,3% de la catégorie AB, 30,2% de la catégorie C, et 32,4% de la catégorie DE mettent un point d’honneur à ne rien divulguer  de leur vote. Cette « culture » du secret du vote est plus prégnante parmi les plus jeunes : 42,1% des moins de 20 ans et 43,7 des 20-29 ans y sont attaché.e.s, contre 22,5% des plus de 60 ans et 24,9% des 40-49 ans.

Au-delà, si l’on compare les chiffres non-ventilés obtenus par notre sondage avec les résultats officiels, on constate que certaines formations politiques obtiennent des résultats presque similaires, cependant que d’autres voient leurs performances amoindries. Au nombre des premiers, le parti de Nabil Karoui, Qalb Tounès serait gratifié de 14,4% par nos répondant.e.s (14,49% selon l’ISIE), le Parti destourien libre de Abir Moussi obtiendrait un score de 7,4% (6,6% officiellement), et le parti nationaliste arabe Haraket al-Chaab s’attirerait 4,2% des déclarations des répondant.e.s (contre 4,52% des suffrages officiels).

Les sous-représentés semblent être les sortants et/ou les formations d’inspiration islamiste, comme Ennahdha (16,4%) qui perd 3 points par rapport à sa performance réelle (19,55%), ou Al-Karama qui n’obtient que 3,5% des « voix » de nos répondant.e.s, alors que son score officiel est de 5,91%. Peut-être trouvons-nous trace d’une culture du secret de ces électeurs ou de la difficulté à assumer ce type de vote ? Ou s’agirait-il d’une double sanction des élites sortantes à l’instar de Youssef Chahed et de son nouveau parti Tehya Tounès gratifié de 2,4% des réponses des personnes sondées quand son score officiel est presque deux fois supérieur (4,6%) ?

À noter toutefois la meilleure performance du Courant démocratique de Mohammed Abbou, avec 8,2% des réponses contre 6,39% officiellement. Sans oublier les votes blancs qui sont deux fois supérieurs dans le sondage (2,1%) que dans les faits (0,90%).

Le crédit des médias en période électorale

On a relevé plus haut le large suivi dont ont bénéficié les campagnes électorales de 2019 : 93,3% des personnes interrogées ont suivi, avec plus ou moins de passion, les campagnes des deux scrutins.

Cette attention accrue s’est-elle accompagnée d’effets ? Cela a-t-il impacté la décision de vote des répondant.e.s au sondage lors de ces deux scrutins ? Que ce soit lors de la présidentielle (40,2%) ou des législatives (41,7%), les répondant.e.s au sondage estiment en majorité s’être forgé une opinion sans le concours des médias. Les femmes sont moins catégoriques (P=35% ; L=34,6%) sur ce point que les hommes (P=44,8% ; L=47,5%). C’est la raison pour laquelle elles concèdent plus volontiers que les médias les ont « un peu » (P=43,3% ; L=45,2%), « assez » (P=16,7% ; L=12,4%) ou « absolument » (P=6,5% ; L=6,9%) aidé à déterminer leur choix de liste que les hommes[3].

Doit-on en conclure que les femmes seraient plus influençables face aux contenus médiatiques ? Ce serait à la fois faux et inélégant. En effet, il peut être difficile pour certains individus de concéder une exposition aux médias et, surtout, une forme de « crédulité » face aux discours véhiculés par les médias qui, en Tunisie, comme ailleurs sont la proie de critiques à la fois vives et variées. Admettre ou non l’impact des médias dans la formation de sa propre opinion peut dès lors devenir un enjeu face au sondeur. De ce point de vue, l’une des explications possibles à l’écart de résultats par genre quant à l’influence des médias dans le choix de vote pourrait être une plus grande promptitude masculine à vouloir montrer que l’on n’est pas influençable. Inversement, cela serait la marque d’une plus grande inclinaison chez les femmes à désamorcer un tel enjeu[4].

Si l’on garde cette idée en tête et que l’on s’intéresse à présent aux disparités des réponses en fonction des revenus, on constate que plus de la moitié (58,5%) des revenus supérieurs (AB) ne sont pas prêts à concéder la moindre influence des médias sur leurs choix électoraux. Et il s’agit-là d’une authentique caractéristique de classe dès lors que l’on constate un écart de 18% avec les autres catégories de revenus qui présentent des taux (certes substantiels mais inférieurs à la moitié) quasi-identiques chez les revenus intermédiaires (C – 40,3%) et faibles (DE – 40,2%).

Les classes favorisées seraient-elles plus critiques que les autres face aux discours médiatiques ? Pas nécessairement. Dans une interprétation bourdieusienne de ces chiffres, on peut voir dans cet écart de réponses la manifestation d’un « ethos de classe »[5] et de la revendication d’un « capital culturel »[6] supérieur (notamment à celui du sondeur) incompatible avec l’influence que pourrait exercer sur leur orientation politique un quelconque média populaire par essence (cf. infra). Ceci se vérifie également dans les  écarts de réponses ventilées par CSP obtenues à la question relative à l’influence des débats électoraux sur le choix de vote. À nouveau, les CSP+ (AB) se démarquent des autres : ils sont 46,9% à estimer n’avoir « pas du tout » été aidés par ces débats dans la détermination de leur choix pour les législatives (contre C=36,5% ; DE=36,6%) et 44,2% pour la présidentielle (contre C=32,9% ; DE=37%).

Ces nuances interprétatives semblent être corroborées par le constat suivant : à la différence de l’appartenance de genre et de classe, l’âge ne semble pas être un facteur déterminant dans l’influence exercée par les médias dans la formation d’une opinion en vue de l’élection. Selon le sondage, les contingents de réponses (pas du tout, un peu, assez, absolument, nsp) sont assez homogènes d’une cohorte à l’autre, et l’on n’observe que de faibles écarts entre elles.

À ce propos, et pour compléter la lecture des résultats au sujet des débats électoraux, on souhaiterait souligner que l’on trouve une légère trace des 5 débats électoraux entre candidats dans les écarts de réponses sur leur influence entre la présidentielle et les législatives. Les répondant.e.s sont en effet légèrement plus nombreux.ses (+2,6%) à estimer n’avoir « pas du tout » été aidé.e.s par ces débats lors des législatives (37,4%) que lors de la présidentielle (34,8%) ; plus nombreux (+2,2%) à estimer l’avoir été « un peu » (législatives : 31,7% / présidentielle : 29,5%). À l’inverse, ils/elles sont plus nombreux.ses (+2%) à concéder avoir été « assez » aidé.e.s par les débats lors de la présidentielle (20,5%) que lors des légilsatives (18,5%) ; et plus nombreux.ses (+2,8%) à déclarer avoir été « absolument » aidés par ces débats lors de la présidentielle (10,3%) que lors des législatives (7,5%).

Elections et diversité médiatique

Si l’on s’intéresse aux réponses portant sur les habitudes médiatiques de notre panel lors des élections présidentielle et législatives, trois constats s’imposent :

1- Le maintien des médias de masse « traditionnels », notamment la télévision ;

2- Les effets positifs pour les médias traditionnels de la convergence médiatique ;

3- Les relatives disparités générationnelles que consacrent les réseaux socionumériques, et notamment Facebook.

1. Les bonnes  performances des médias traditionnels

Que ce soit pour la présidentielle ou les législatives, la télévision est le média le plus consommé : 39,9% des répondant.e.s avaient le petit écran pour principale source d’information pour la présidentielle et 36,8% pour les législatives. Dans les deux cas, les femmes la consomment plus (43,7% pour la présidentielle et 40,2% pour les législatives) que les hommes (36,5% pour la présidentielle et 33,7% pour les législatives).

Populaire, la TV ? Effectivement, elle apparaît très clairement comme le principal média des revenus les plus faibles tant pour la présidentielle (DE=47%) que les législatives (DE=45,9%), avec un écart de plus de 10 points par rapport aux deux autres catégories de revenus plus élevés (présidentielle : AB=33,6% et C=37,5% ; législatives : AB=30,7% et C=33,5%).

La TV, un média de « vieux » ? Nonobstant l’inélégance de la formule, les résultats tendent à prouver que la TV est effectivement plus consommée parmi les cohortes les plus âgées de notre sondage. Tant pour la présidentielle que pour les législatives, les plus de 60 ans sont ceux pour lesquels le petit écran constitue encore la principale source d’information (Présidentielle : 63,8% ; Législatives : 61,4%), suivis de près par les 50-59 ans (Présidentielle : 53,7% ; Législatives : 52,7%), et les quadragénaires (Présidentielle : 45,7% ; Législatives : 43,3%). Chez les trentenaires, ils sont autour de 30% à s’informer principalement par la TV (Présidentielle : 32,8% ; Législatives : 28,1%). Quant aux plus jeunes, ils ont beaucoup plus suivi la présidentielle à la TV (31,8%) que les législatives (21,5%), vraisemblablement en raison du moment télévisuel qu’ont constitué les 5 débats électoraux entre candidats.

La radio est en revanche largement moins suivie par les répondants lors de la présidentielle (3,5%) et les législatives (3,4%). Elle est plus écoutée par les quadragénaires (Présidentielle : 4,7% ; Législatives : 4,9%), les cinquantenaires (Présidentielle : 4,1% ; Législatives : 3,7%) et les plus de 60 ans (Présidentielle : 3,3% ; Législatives : 4,4%). Le genre ne semble pas intervenir dans la consommation des programmes radiophoniques, mais la radio est un peu plus écoutée dans les milieux populaires (surtout pour la présidentielle : 5,4% de la catégorie DE contre 2,6% de la catégorie C et 3,9% de la catégorie AB).

Peut-être que les biens médiatiques produits par les radios sur les réseaux socionumériques relèveraient un peu la performance de ce média de masse ? On sait en effet que les radios privées témoignent d’une bonne présence en ligne (malgré le retard à se convertir au podcast/balladodiffusion).

2- Les médias traditionnels et la convergence médiatique

Si l’on additionne les résultats des 3 entrées où Facebook est mentionné comme principale source d’information (pages médias, pages populaires et groupes), on s’aperçoit que ce réseau socionumérique talonne de près la TV et représente le principal média d’un quart des répondants ; soit 25,7% pour la présidentielle et 25,8% pour les législatives. Au vu du succès de Facebook en Tunisie depuis 2011, rien d’étonnant à cela.

La surprise vient en revanche du constat de la bonne performance des médias professionnels sur ce réseau (pages médias sur Facebook), témoignant ainsi d’une efficacité de leur présence numérique et d’une « bonne » convergence médiatique. C’est notamment le cas des répondant.e.s aux revenus supérieurs (présidentielle : AB=21,9% ; législatives : AB=19,4%) et intermédiaires (présidentielle : C=19,3% ; législatives : C=19,3%), qui sont deux fois plus nombreux que les revenus les plus faibles (présidentielle : DE=9,7% ; législatives : DE=10,3%).

Peut-être doit-on y voir une fracture numérique dans la fracture numérique ? Deux arguments à l’appui de cette ébauche d’hypothèse :

1- Les écarts ne sont pas aussi criants pour les autres types d’entrées Facebook (pages populaires et groupes) et les revenus semblent avoir moins d’incidence. Pour la présidentielle, les pages Facebook populaires en Tunisie sont la principale source d’information de 7% de la catégorie AB, 4,2% pour la catégorie C, 5,5% pour la catégorie DE. Les groupes Facebook sont la principale source d’information de 3,9% de la catégorie AB, 4,2% pour la catégorie C, 3,9% pour la catégorie DE. Pour les législatives, les pages Facebook populaires en Tunisie sont la principale source d’information de 5% de la catégorie AB, 5,5% pour la catégorie C, 4,5% pour la catégorie DE. Les groupes Facebook sont la principale source d’information de 4% de la catégorie AB, 4,5% pour la catégorie C, 3,5% pour la catégorie DE.

2- Dans une moindre mesure par rapport à Facebook, les sites Internet de médias réels sont plus souvent cités en source principale d’information par les individus relevant de la catégorie AB (Présidentielle : 2,2% ; Législatives : 1,5%) que par les autres (Présidentielle : C=0,8% et DE=0,4% ; Législatives : C=0,9% et DE=0,2% ). La consommation en ligne de biens médiatiques produits par les médias professionnels semble donc liée à la CSP. En creux, on constate aussi la centralité de Facebook dans les habitudes médiatiques des Tunisien.ne.s, véritable « média-roi numérique ». Les autres réseaux socionumériques ne sont une source principale d’information des répondant.e.s qu’à hauteur de 0,4% des répondants pour la présidentielle et de 0.3% pour les législatives.

3- Des disparités générationnelles consacrées par Facebook

Sans trop de surprise, Facebook et les pages des médias professionnels sont plus fréquemment cités comme source principale d’information parmi les populations les plus jeunes que chez les plus âgés. Ainsi, pour la présidentielle, 33,3% des 20-29 ans et 18,6% des 30-39 ans se sont principalement informés via ces pages Facebook. Suivent les moins de 20 ans (17,3%), plus ouverts à d’autres réseaux socionumériques (notamment Instagram). Les quadragénaires (11,2%) et les quinquagénaires (8,1%) et les plus de 60 ans (4,1%) sont quant à eux largement derrière.

À noter que les pages Facebook d’opérateurs professionnels peuvent atteindre de très larges audiences et peuvent ponctuellement concurrencer les agences de presse en terme de dissémination et de rapidité. À titre d’exemple, au 7 avril 2020, la page Facebook de Mosaïque FM recense 5 227 052 « j’aime » et 5 305 051 « suivre » (soit le total de la démographie tunisienne) ; la page Facebook de Nessma TV la plus suivie comptabilise 6 609 699 « j’aime » et 6 620 711 « suivre ». À l’inverse, la page du pôle public audiovisuel ne rassemble que 901 609 « j’aime » et 1 115 115 « suivre ».

Dans des proportions moindres, on retrouve des écarts significatifs sur les deux autres entrées Facebook du sondage. S’agissant des pages populaires, 8,9% des moins de 20 ans, 6,9% des 20-29 ans, 6,5% des 30-39 ans les considèrent comme principale source d’information, cependant que 3,3% des 40-49 ans, 3,6% des 50-59 ans et seulement 0,7% des plus de 60 ans le font. Pour les législatives, les pages populaires de Facebook sont citées en principale source d’information par 9% des moins de 20 ans, 7,8% des 20-29 ans, 6,1% des 30-39 ans, mais seulement 4,2% des 40-49 ans, 3,4% des 50-59 ans et seulement 0,7% des plus de 60 ans.

Les groupes Facebook, dont on a pu observer la multiplication pendant la présidentielle, semblent également une option largement ignorée des plus âgés : 1,1% chez les plus de 60 ans, 0,7% chez les 50-59 ans, et 3,3% chez les 40-49 ans ; contre 6,5% chez les moins de 20 ans, 6,8% chez les 20-29 ans, et 5,9% chez les trentenaires. Lors des législatives, les chiffres sont légèrement plus importants que pour la présidentielle, notamment chez les moins de 20 ans (7,7%), les 20-29 ans (5,9%) et les 30-39 ans (7,1%). Ils sont légèrement inférieurs chez les quadragénaires (2,7%), les quinquagénaires (0.9%) et les plus de 60 ans (0,7%)

[1] https://news.barralaman.tn/reseaux-sociaux-lieu-bataille-politique-tunisie-election/

[2] cf. Monique Dagneau, Génération Y, les jeunes et les réseaux sociaux, de la dérision à la subversion, Paris, Sciences-Po Les Presses, « Nouveaux Débats », 2011.

[3] Soit : « Pas du tout » (P=44,8% ; L=36%), « Assez » (P=14,2% ; L=10,3%), « Absolument » (P=4,9% ; L=5,7%).

[4] Il est intéressant de noter qu’on observe le même différentiel de genre au sujet de l’influence des débats électoraux sur le choix de vote. Pour les législatives, les femmes sont moins promptes à dire qu’elles n’ont pas du tout été aidées par les débats électoraux (34,1%) que les hommes (40%). Pour la présidentielle, l’écart se réduit, peut-être en raison de l’événement politique et télévisuel que constituaient les 5 débats électoraux entre candidats (cf. infra). Les femmes sont 32,4% à estimer n’avoir « pas du tout » été aidées par les débats, contre 37% des hommes.

[5] Défini en tant que « système de valeurs implicites que les gens ont intériorisées depuis l’enfance et à partir duquel ils engendrent des réponses à des problèmes extrêmement différents » (Bourdieu Pierre (1984), Questions de sociologie, Paris, Minuit, 228).

[6] Aux côtés du « capital social » et du « capital économique », le « capital culturel » désigne l’ensemble des ressources culturelles dont dispose un individu par transmission familiale.

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